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Bébel, le Magicien…magnifique !

lundi 23 juillet 2001, par simone redon

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Quand on flâne, les soirs d’été, boulevard Saint-Germain on peut avoir la chance d’y trouver Bébel, à l’angle de la rue de Bucci, installé à sa table, le sac posé par terre, un attroupement autour de lui, tranquillement il enchaîne les tours, surprend, saisit au vol une réflexion, en fait un nouveau tour…on croit comprendre et on est confondu dans la seconde !


Nous avons voulu en savoir plus sur ce magicien pas comme les autres.

- Magicien ou Illusionniste ? JPEG

-  Je dis magicien c’est moins technique et ça fait rêver, illusion c’est forcément du trucage, magicien c’est avoir des pouvoirs magiques. Les enfants disent magicien, moins maintenant, ils sont plus difficiles à convaincre ; ils font comme les adultes ils se laissent moins aller au rêve, moins d’imagination. C’est la télévision qui fait ça : la télé explique tout, explique trop. Les gens viennent par curiosité, s’arrêtent espérant découvrir ’ le truc à finissent par lâcher prise et profitent pleinement de la magie du spectacle. Mon travail c’est de faire aller le spectateur au rêve.

- Pourquoi travailler dans la rue et pas dans une salle de spectacle ?

-  Je fais les deux, partout et à la demande je travaille seul. Les gens qui me voient me demandent et je signe des contrats ponctuels avec des spectateurs qui ont assisté à mon show ; souvent pour des soirées privées ou des fêtes de comités d’entreprises. Je ne fais pas de publicité ça prend trop de temps. Ce n’est pas mon truc. Le meilleur marketing c’est que l’on me voit, on ne peut expliquer le spectacle, il faut voir sur place. Pour le spectacle de rues, je n’ai pas d’horaires, pas de temps, je fais ça vraiment à l’envie, je ne viens pas forcément systématiquement tous les jours et je passe le temps que je veux en général ça dure 2 ou 3 heures quelque fois 4 ou 5. Si je suis fatigué j’arrête.

- Les spectateurs restent-ils longtemps, comment faites-vous pour les attirer ?

-  Au début j’interpelle, pas systématiquement, c’est très délicat, il y a des gens qui veulent bien mais qui n’osent pas, beaucoup pensent que c’est des jeux d’argent ou de la voyance. Ce sont des gens qui se baladent dans la rue, ils sont dans leurs pensées ou dans leur truc et il faut un moment pour qu’ils entrent dans le jeu. Certains se retrouvent en retard à leur rendez-vous parce qu’ils ont été pris dans le spectacle, à un moment ils oublient qu’ils sont dans la rue. C’est un phénomène naturel de curiosité ; il suffit de quatre personnes pour en attirer d’autres, ensuite, les gens restent ou ne restent pas.

JPEG - Sur scène, dans une salle, les réactions du public sont-elles différentes ?

-  Oui, mais ma présentation est différente aussi. Les gens ne sont pas dans le même état d’esprit puisque dans la salle de spectacle ils sont là pour ça et pas sur le trottoir. C’est pour ça que j’aime le spectacle de rue : le rapport est plus vrai, il faut les convaincre. Le trottoir, ce n’est que quelques mois dans l’année, mais c’est un laboratoire pour mettre en place de nouveaux tours. A part ça je travaille au Caveau de la Bolée, 25, rue de l’Hirondelle à Saint-michel à Paris. J’ai aussi fait des tournées à l’étranger : Afrique du Sud, Japon, Espagne… ainsi que des prestations à la télévision.

- Les magiciens ont chacun leurs spécificités, dans les tours mais aussi dans le discours, avoir le verbe facile se travaille aussi ?

-  En fait il y a plusieurs aspects : l’aspect technique - l’aspect construction du tour pour un même effet il peut y avoir 10 techniques laquelle de ces 10 techniques va être choisie pour qu’elle s’enchaîne avec la suivante et ainsi de suite. Il y a beaucoup de travail car on peut faire des erreurs là-dessus, c’est très important. C’est comme un jeu de construction. Ensuite il y a l’aspect des effets, comment peut-on arriver à tel ou tel effet : par exemple votre magnéto, sur la table, comment le faire disparaître, comment rendre ça intéressant, comment raconter l’histoire pour que le tour ne devienne pas une démonstration de force ? Ensuite il y a la mise en scène, le scénario.

- Vous écrivez le scénario, vous l’apprenez ou bien vous le malaxez tous les soirs pour qu’il arrive à maturité ?

-  J’aime bien ne pas être dans des cadres définis, je trouve que ça empêche les choses d’évoluer. En fait rien n’est jamais fini. J’ai un canevas que je rôde dans la rue. Je n’écris pas mon texte. J’ai une idée de ce que je veux raconter, quelques mots clés dans la tête et je me jette à l’eau. Et c’est ce qui donne le rythme au tour. Je l’écris ensuite pour vérifier et ça peut apporter d’autres idées. Le spectacle est adapté au public du moment. Quand je commence je ne sais jamais comment la soirée va se passer et c’est ça qui est intéressant, je sais ce que je vais donner mais c’est tout. J’improvise suivant les réactions du public. Elles permettent de rebondir et de donner l’impression qu’il y a de l’improvisation. Cela paraît improvisé et d’improviser en faisant appel à mes connaissances. Je prends beaucoup de plaisir à profiter des situations inattendues ou incongrues dues aux spectateurs. Le sens de la répartie rend le spectacle vivant.

- Avez-vous des spectateurs "abonnés" ?

-  Oui il y a des gens qui viennent régulièrement, les gens du quartier, en fait, j’ai commencé à Beaubourg en 82, jusqu’en 89 puis, je suis venu à Mabillon et j’y suis encore.

- Devez-vous payer une sorte de patente pour votre emplacement ?

-  Non, il s’agit d’une tolérance… les cartes dans la rue ça ressemble aux jeux d’argent et la police ne connaît pas forcément ce genre de spectacle. Ceux qui s’installent dans la rue pour des jeux d’argent ont des installations précaires de manière à partir vite en cas de danger. Moi, je suis "confortablement" installé dans la rue.

- Les relations avec le public de la rue sont-elles difficiles, il n’y a pas la barrière de la scène ?

-  On sait si ce que l’on fait est bon ou pas selon les réactions. Je vois le spectacle comme un challenge, il y a des soirs plus difficiles que d’autres, des soirs ou l’alchimie entre le spectateur et moi se fait moins bien et là il faut réussir ! Ce qui met du piment, c’est l’envie de faire quelque chose. Pour gagner le public, il ne faut pas que ce soit un combat agressif. Le relationnel avec les gens est aussi important que les tours.

- Quel regard avez-vous sur votre public de la rue ?

-  Les gens regardent à plusieurs niveaux : il y a ceux qui s’amusent des réactions des spectateurs, ceux qui cherchent à comprendre et qui ne ’ l‚cher prise à, qui s’aperçoivent au bout d’un moment qu’ils ne voient rien finalement. Le but est de créer l’illusion et d’enlever l’envie de savoir. Je comprend mieux les réactions et je perçois mieux les choses, certains sont un peu coincés, timides et c’est bien de savoir gérer ça. Certains prennent trop d’importance. J’ai fait des "expériences" sur les gens : quelqu’un qui parle trop fort ou qui prend trop d’importance, qui dérange les autres ne s’arrête pas de lui-même et c’est moi qui doit le faire stopper le plus tôt possible sinon c’est trop de perturbation, ça déconcentre le public. Alors il faut intervenir fermement en lui demandant de s’arrêter ou de partir. La plupart du temps il devient un spectateur respectueux et séduit !

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Les spectateurs cherchent-ils à comprendre "le truc" ?

- Si on prend un tour brut c’est une sorte de défi à l’intelligence : il y en a que ça amuse d’autres que ça intéresse, que ça gène. Suivant la réaction en face d’un tour il faut faire en sorte que les gens ne s’énervent pas trop. En fait les gens réfléchissent et donnent des solutions parfois proches de la vérité mais souvent ce sont des solutions abracadabrantes et c’est normal devant un tour qui ne suit aucune logique. Et là, ça veut dire que je n’ai pas été assez convaincant. Il ne faut laisser aucune possibilité de solution apparente, et donner comme ça l’impression de magie. C’est ce que je recherche. Si on arrive à donner l’impression de magie au spectateur , il rentre dans le spectacle et c’est gagné !

- Il faut une grande expérience pour maîtriser tout ça ?

-  Il y a la réflexion mais surtout le ressenti et l’expérience aide à être à l’aise. Je ne travaille pas, je joue. Sérieusement, avec du travail mais pour moi c’est un jeu. Les cartes c’est comme un instrument de musique sauf que ça ne produit pas de son, ou comme un pinceau. Une des raisons pour lesquelles on fait ce travail : on est son propre chef, sans horaires. La magie m’a appris beaucoup de choses sur la vie des gens, c’est un moyen de s’ouvrir à plein d’autres choses, on est en constant apprentissage.

- Comment avez-vous découvert la magie ?

-  Vers 9 ou 10 ans ça m’intéressait mais je n’avais pas les moyens, les coffrets du magicien sont assez vite limités. Il y a des magiciens qui donnent des cours dans les associations. La magie, c’était très secret, moins maintenant, à cause de la course au fric… Il m’est arrivé dans la rue qu’on me propose un travail de vendeur en article de magie, en étant très bien payé mais j’ai refusé car je ne suis pas prêt à faire n’importe quoi pour l’argent.

- La déontologie des magiciens était très forte, est-elle toujours présente ?

-  Il y en a encore mais elle se perd, parce que maintenant il y a des magiciens, jeunes, qui ont les dents longues, ils font de plus en plus de plagiat. Avant les magiciens étaient moins nombreux et il y avait un respect par rapport au secret, par rapport à la magie, il y avait des règles, et de temps en temps c’est bien. Par exemple, il fallait rentrer dans une association, il fallait connaître et apprendre un certain nombre de tours et passer un test. C’était simplement pour montrer l’intérêt qu’on avait à la magie, pour quelqu’un qui commence, c’est un peu comme un concours et là le respect du secret prend son sens. Tout le monde à le droit de faire de la magie, certains s’achètent des tours de magie qu’ils ne pourront pas faire et la valeur du secret perd son sens profond. Des fois ils n’y arrivent pas et abandonnent mais connaissent le truc et certains cassent le tour pendant le spectacle. Ce genre de personne se sert de ses rudiments peut-être pour briller avec les copains. Et une manière de se valoriser en expliquant ce qu’ils savent ou ce qu’ils croient savoir. Si il avait été aidé, il aurait pu réussir à quelque chose. Les gens qui font ça occasionnellement n’ont pas besoin de faire de spectacle. On peut avoir un tour dans sa poche et épater les copains, comme avec une histoire drôle mais en respectant le secret. La magie ne supporte pas l’à peu près.

- Comment avez-vous débuté ?

-  J’ai commencé tout seul : j’ai pris trois cours et j’ai acheté des bouquins (les murs de son appartement en sont couverts !) et je me suis mis dans la rue. Les gens imaginent que c’est dur mais non. Je n’avais pas forcément de don mais j’avais l’envie. Nous sommes tous doués mais j’ai exploité l’envie. Le don c’est une histoire de comparaison on est doué par rapport à certains mais pas par rapport à d’autres. J’ai évolué dans la manipulation, si ça ne m’avait pas donné de plaisir je ne l’aurais pas fait. J’ai fréquenté les associations. On n’est pas accepté si facilement dans le cercle. Au bout de 4 ou 5 ans on me demandait des conseils, plus tard, j’ai donné des cours et ce qui est intéressant dans le fait de donner des cours c’est d’analyser ce qu’on fait pour le restituer. Pour donner le bon exemple il faut être capable de suivre les conseils que l’on a donné. « a oblige à réviser ses bases. Cela donne le plaisir du travail bien fait à l’élève et au professeur.

- La confiance que vous avez dans les cartes vous mène-t-elle jusqu’à la voyance ?

-  La voyance n’est pas du spectacle, c’est une histoire de croyance. Quand on croit à quelque chose ça existe. Ce n’est pas un jeu qui m’attire. Sauf peut-être en faire le thème d’un tour de magie.

- Jouez-vous aux cartes ?

-  Le jeu ne m’intéresse pas autant que la magie. J’ai commencé à jouer au bridge, c’est un jeu de stratégie mais je suis trop pris par la magie.

- Si vous jouez par exemple au rami avec des copains ne se méfient-ils pas ?

-  Si on jouait de l’argent peut être il y aurait méfiance. La tricherie est aussi un thème de spectacle.

- Avez-vous des "Maîtres" en matière de magie ?

-  Un magicien m’a fait beaucoup évoluer : ASCANIO, il a su expliquer les principes intrinsèques de la magie et c’est passionnant. En fait il va dans le sens d’avoir une meilleure magie et essaie d’aller le plus loin possible, il y en a un autre dans un style très différent. Juan Tamarize a évolué différemment, dans une magie plus spectacle, dans la façon de vendre sa magie. Ascanio était plus un amateur éclairé, il était beaucoup plus sobre, Tamarize est un professionnel, confronté au public.

- Existe-t-il des droits d’auteur ?

-  ça n’existe pas encore mais on en parle de plus en plus : Aux Etats Unis comme en France on commence à s’y intéresser. En France le dépôt du texte ou de la mise en scène est assez facile, mais l’invention d’une technique ou d’un tour ne se dépose pas ce sont les brevet qui se déposent. Dans le domaine du spectacle, il faut filmer le show en entier et déposer la cassette vidéo dans les Sociétés de droits d’auteurs mais pour déposer un tour ce n’est pas encore prévu.

- Vivez-vous de votre passion ?

-  Je fais ça depuis 18 ans, j’en vis…variablement… il arrive que j’ai du mal à payer le loyer. Naturellement je me contente de pas beaucoup si je peux vivre ma passion.

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7 Messages

  • Bébel, le Magicien…magnifique !

    17 septembre 2007 00:03, par JOSE

    BEBEL EST UN AS EN MAGIE.J’AI APPRIS BEAUCOUP GRACE A LUI,ALLANT JADIS SOUVENT AU CAVEAU DE LA BOLEE C’EST UNE PERSONNE QUE JE RESPECTE PROFONDEMENT.UN PETIT COUCOU D’UN ANCIEN ELEVE.

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    • Le Magicien…magnifique ! 1er août 2011 10:04, par Patrick

      Le temps passe trop vite et dommage que lors de notre rencontre on a pas eu le temps de trop parler. Il se peut que les projets dont tu nous avez confié l"idée àbien démarré. La magie est toujours porteuse de bonne chose, tant mieux pour nous ? Quand au côté magicien pour enfants dont j’essaie de représenter l’aspect, cela continue de rouler doucement. dans la vie, il est inutile de dépasser la vitesse et d’en faire trop. après c’est le corps qui ne suit plus. Au plaisir de se voir de nouveau.

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  • Bébel, le Magicien...magnifique !

    26 juillet 2006 00:22, par franck lenin

    J’ai eu la chance de prendre des cours de magie avec Bebel, et outre son immense talent ,Bebel est quelqu’un de respectueux,disponible,excellent pedagogue et tolerant.Beaucoup de qualites humaines et beaucoup de qualites dans sa discipline : la magie ,font de Bebel une personne attachante.
    Je n’oublierai jamais mes 5 années avec Bebel.

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  • > Bébel, le Magicien…magnifique !

    26 octobre 2002 12:37, par guy sterck, un belge

    Par un heureux hazard j’ai vu Bebel au "travail" près de l’Arbucci un soir de juin 2001 et j’ai rêvé. Comprendre les tours ne m’intéresse pas. Le baratin,
    le calme et la réplique d’àpropos faisaient tout. je suis resté "scotché" très longuement. Mon fils qui habite Paris et se prend pour un Français s’est fait repérer " Bon pour le Belge, je réexplique !" SUPER. J’ai vu un tour àla télé et l’ai enregistré, n’existent-ils pas des vidéos ? J’espère le revoir lors d’un prochin voyage àParis. Merci Bébel pour le rêve

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