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Chanson Française à Berlin ? Rencontre avec Corinne Douarre

dimanche 30 novembre 2008, par Isabelle Cimière

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2008 touche bientôt à sa fin, et l’aventure berlinoise continue… L’une des découvertes qui m’aura le plus marquée cette année aura sans aucun doute été celle de la chanteuse Corinne Douarre.


JPEG .Auteur compositeur interprète, Corinne Douarre est à Berlin une incontournable de la scène musicale française. Son troisième album Ciel XXL est sorti en mars 2008 et ses chansons à la fois douces et rythmées nous attirent dans un univers bien singulier. Corinne Douarre nous confie quelques moments marquants de sa vie et de sa carrière.

Quelle influence a eu ton papa dans l’univers Corinne Douarre ?

- Dans mon enfance, l’Allemagne était omniprésente et restait un mystère.
Mon père avait un rapport très complexe et contradictoire à l’Allemagne, ce pays qu’il aimait alors qu’il avait des raisons de ne pas l’aimer. Il était par exemple très intéressé par les documentaires qui passaient à la télévision sur Goebbels ou Hitler, ce qui était parfois pesant.
Il est resté deux ans à Plauen (Saxe). A l’âge de 19 ans, il a été interné en camp de travail (S.T.O.) pendant la Seconde Guerre Mondiale et en est ressorti à 21 ans.

Je voulais comprendre pourquoi cette relation à l’Allemagne et pourquoi il aimait tant ce pays qui me faisait « peur ».
Mon père voulait que j’apprenne l’allemand, mais ce qui m’intéressait aussi, c’était la culture germanique : il y avait d’un côté l’Allemagne de mon père et de l’autre l’Allemagne actuelle, vivante, musicale à la Nina Hagen.
D’autre part, comme Viry-Châtillon, la ville où j’habitais alors, était jumelée avec une ville Outre-Rhin, j’ai très tôt participé à des échanges jusqu’à l’âge de 17-18 ans où j’ai rencontré une allemande qui est devenue une grande amie.

A la mort de mon père en 1991, cette langue m’a tout à coup parue très douce. Je me suis mise à lire Rilke, même si je ne comprenais pas tout, juste pour le son de la langue.
Je suis partie à Stuttgart en 1994 avec le programme Erasmus dans le cadre de mes études d’architecture. Avec la chute du mur, il y avait pas mal de travail dans ce domaine.

Les dernières années j’ai monté trois projets musicaux sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale avec des adolescents de France, d’Allemagne et de Pologne, par exemple avec la Fondation Genshagen et le soutien de l’OFAJ. L’histoire de mon père avec l’Allemagne en était pour moi le point de départ.

Comment en es-tu arrivée à la chanson ?

- Enfant, je rêvais d’être écrivain et c’est à l’adolescence que j’ai voulu être chanteuse. C’était un peu mon jardin secret. Je faisais du piano, mais je n’osais pas chanter, je n’en parlais à personne. Et comme je dessinais beaucoup, j’ai préféré dans un premier temps privilégier l’architecture qui me passionnait pour son côté social.

Au moment de passer mon diplôme, j’avais déjà travaillé en agence et je me suis rendue compte que je n’étais pas faite pour ce métier. J’ai quasiment basculé du jour au lendemain vers la chanson, même si les liens entre musique et architecture sont toujours très fort chez moi.

En 1997, tu t’installes à Berlin. Pourquoi Berlin ?

- Mon compagnon de l’époque y avait un chantier. Moi je venais de quitter l’architecture, je commençais à faire de la musique et Berlin me paraissait être une bonne ville pour réaliser ce rêve.
Par ailleurs, non seulement ma meilleure amie adorait Berlin, mais j’avais aussi une sorte de fascination pour cette ville depuis le film les ailes du désir (Der Himmel über Berlin) de Wim Wenders sorti juste avant la chute du mur en 1987. En plus des punks de Kreuzberg et du passé hitlérien, je me suis rendue compte que Berlin pouvait également être poétique. J’ai voulu découvrir cet aspect fantomatique, vaporeux et onirique.

Ton dernier album Ciel XXL est sorti début 2008. Qu’est-ce qui le caractérise par rapport aux deux premiers albums ?

- Mon premier album était de facture traditionnelle avec violoncelle, piano et moi-même à l’accordéon.

Lors du deuxième album, Virages, j’avais déjà rencontré Marc Haussmann. Je cherchais à l’époque un pianiste qui puisse travailler sur claviers et ordinateurs. Ma rencontre avec Marc a réellement marqué un tournant dans ma carrière avec l’introduction de l’électronique dans mes chansons. Ce n’est pas tant la rythmique des musiques électroniques qui m’intéresse mais plutôt l’idée de créer une forme d’étrangeté, des nappes, une ambiance planante. Collaborer avec Marc s’est tout de suite avéré très productif, d’autant qu’il a un excellent niveau de français, ce qui nous aide à travailler dans le sens des textes.

Après cet album Virages, j’ai rencontré Dirk Homuth, notre guitariste. Nous formons un trio harmonieux. La façon que nous avons de travailler ensemble me plait car Marc et Dirk sont des artistes aboutis qui apportent une réelle touche personnelle à ce que je fais. Finalement notre dernier album Ciel XXL est dans la continuité de Virages avec une couleur plus pop.

J’aime beaucoup ta chanson Si peu de texte. Elle est légère, rigolote…

- Si peu de texte est une chanson ludique. Je peinais à écrire à l’époque et j’ai eu envie de m’amuser un peu. J’aime beaucoup les chansons minimalistes à la Trio, ce groupe allemand du début des années 1980 qui chantait Da Da Da et issu de la mouvance Neue Deutsche Welle. J’ai vraiment envie de tendre vers un certain minimalisme.
Ecrire une chanson avec « si peu de texte » est un exercice de style difficile car il faut énormément de fantaisie et d’ingéniosité dans les arrangements pour pouvoir garder l’attention du public. Avec Si peu de texte, je fais participer le public en lui faisant murmurer « si pö, si pö », je m’amuse avec lui et j’utilise les sons comme des rythmes. En même temps, j’ai pris le sujet très au sérieux car au départ, je voulais montrer que tout le monde pouvait écrire une chanson avec peu de mots... Finalement, je me suis rendue compte que ce n’était pas si évident…
Le pendant de cette chanson est clairement ma mémoire m’oublie, qui est aussi dépouillée mais sur un mode triste.

Public allemand – public français : quel accueil pour Corinne Douarre ?

- Mes concerts en France ont été bien accueillis. C’est agréable de chanter pour un public qui comprend totalement ma langue et avec lequel j’ai des références communes.
Je fais découvrir aux français un Berlin qu’ils ne connaissent pas forcément et je ressens une réelle curiosité pour les textes allemands.

En Allemagne, la connaissance de la musique française est actuellement beaucoup plus étendue que lorsque je suis arrivée, grâce par exemple au travail du Bureau Export de l’Ambassade de France. Je sens qu’il y a des références aux jeunes artistes français comme Benjamin Biolay ou Camille.
La curiosité pour la langue française est également très grande.
Mon public allemand est mixte. Beaucoup parlent bien le français, et je prends le temps d’expliquer mes textes en allemand pendant mes concerts. Par contre, je n’arrive pas encore bien à toucher les jeunes. C’est d’ailleurs pour cela que je vais auprès des jeunes dans les lycées, d’autant que j’aime le contact avec les adolescents.

Toi qui travaille entre Paris et Berlin, est-il plus facile d’être artiste en Allemagne ?

- On pourrait croire que c’est plus facile, avec le bonus de l’exotisme, mais c’est un leurre. La grande différence c’est qu’en Allemagne, il n’y a pas de statut pour les artistes comme en France avec les intermittents du spectacle.
Le seul avantage est qu’on touche la totalité de la rémunération pour un concert sans payer de charges, et il y a la KSK (système de caisse sociale pour les artistes). Par contre, on n’a pas accès au chômage et quand on n’a pas de concert, c’est parfois très dur car on a le droit à rien. Le travail du bureau export représente par ailleurs pour les artistes installés en Allemagne une énorme concurrence contre laquelle il est quasi impossible de lutter. Nous avons en face de nous des artistes dont les tournées sont subventionnées par l’Etat français…
La chanson est un genre qui n’est pas reconnu comme en France et qui n’est donc assorti d’aucune subvention. En France, un artiste peut obtenir une résidence ainsi que des aides d’organismes comme l’Adami ou de la Sacem, pour produire un album par exemple. En Allemagne, tout ça n’existe pas. La seule subvention que j’ai obtenue en Allemagne, c’est l’opportunité que donne le Senat à travailler 10 jours en studio. A l’origine, ce prix était donné à des groupes berlinois de musique Folk. Il me semble que j’ai été la première à l’obtenir dans le domaine de la chanson française. J’ai dû batailler pour l’avoir. J’ai tenté plusieurs années de suite sans succès et un jour c’est tombé. C’est comme cela que j’ai pu faire mon deuxième album Virages. Le projet était déjà bien ficelé et l’expérience a donc été une réussite. Du coup, j’ai obtenu ce prix une deuxième fois pour Ciel XXL.

Quels sont tes projets à venir ?

- J’enregistre de nouvelles chansons, pour un prochain album. Marc a désormais un studio d’enregistrement sur la Schönhauser Allee. Je me suis mise aussi à la vidéo, je souhaite renouer avec les images dans ma musique, je fais des clips sur mes chansons de Ciel XXL et des images pour la scène. J’adorerais faire une musique de film.

5 petites questions supplémentaires…

Quel est ton restaurant préféré à Berlin ?
- Il y a un restaurant mongol sur la Bornholmerstrasse. La Mongolie est un pays nomade qui se situe entre la Russie et l’Asie. Il en va de même pour la cuisine mongole qui est russe au niveau de la consistance et asiatique au niveau goût. Comme j’aime les deux…
Et puis il y a aussi le restaurant de cuisine allemande Fellas. Cette cuisine est pleine d’idée, fantaisiste, créative, et en même temps, ça ne fait pas « too much ».

Quel est ton bar préféré ?
- J’aime bien les grands classiques de Prenzlauer Berg, le Wohnzimmer et le Kohlenquelle.

Que fait Corinne Douarre le dimanche ?
- J’adore travailler le dimanche car comme ce n’est pas une obligation, il n’y a aucune pression, aucun stress. Je sors aussi avec des amis, je fais pas mal de sport et beaucoup de vélo.

Qu’est-ce que tu aimes le plus chez les allemands ?
- J’aime bien leur « ch » et leur « ein ».
Mais s’il y a une chose que j’apprécie énormément, c’est le rapport entre hommes et femmes beaucoup plus cool qu’en France : Paris est une ville beaucoup plus sexualisée que Berlin.

Qu’est-ce que tu n’aimes pas trop chez les allemands ?
Corinne Douarre : Le concept de « Rabenmutter », de « mère corbeau » en traduction littérale. Ce que je disais sur le rapport hommes femmes est vrai, à l’exception du rapport à la maternité : dès qu’elle a un enfant, la femme n’est plus qu’une mère. Ce rapport extrême à la maternité me dérange.

Crédit Photo : Sabine Felber

CD actuel : ciel XXL Label Kook, distribution en Allemagne, Autriche et Suisse allemande.
Numéro de commande : Nr. 11701

www.myspace.com/corinnedouarre

www.corinnedouarre.com

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