cecicela.com : Azimut Passions !
Google
 

Accueil > Les Rencontres > Arts et Spectacles > Le Mur des Lamentations... David Abiker est notre invité... enfin ! (...)


Le Mur des Lamentations... David Abiker est notre invité... enfin ! :-)

vendredi 27 octobre 2006, par simone redon

Toutes les versions de cet article :

  • [français]

Le Musée de l’Homme nous avait promenés chez les « nouveaux pères  » plutôt parisiens et plutôt bobo, sorte d’inventaire gentiment moqueur sur ce qu’est devenu l’homme, de la massue au mouche bébé, le Mur des Lamentations est un véritable instantané sur notre société. L’Å“il àla fois caustique et plein de tendresse de l’auteur sur son époque et ses contemporains provoque rire et réflexion. Le héros, dépourvu de complexes mais pas de doutes, est bien làpour transmettre la vision lucide et amusée de David Abiker. « Comédie Burlesque  » ainsi nous est présenté ce livre dont on ne sait plus s’il est roman, essai, autobiographie ou probablement les trois entremêlés...


JPEG

David Abiker le dit lui-même :
- C’est un essai sur un sujet compliqué. J’utilise la fiction et cet espèce de personnage extravagant et en même temps complètement normal pour faire passer mes idées et surtout essayer de faire réagir par l’humour parce que la plupart du temps les gens assènent leurs vérités... et moi j’ai un personnage qui doute mais qui doute sur de vraies questions de société.

-  Dans lequel on se retrouve et puis avec votre air de ne pas y toucher et tout en finesse, vous y allez quand même fort !

- Ça canarde un peu. Le premier voulait se moquer : quand le discours tue la raison, quand le discours sur les femmes qui ont raison devient trop pesant, qu’à ce moment là le discours se met à avoir tort parce qu’il ne laisse plus la place à l’imaginaire, à la contradiction, moi je ne suis pas sûr donc je fais un truc qui dit le contraire. De façon épisodique, par capillarité, pour donner un peu de distance.


-  Quelles ont été les réactions sur Le Musée de l’Homme ?

- Plutôt un regard amusé des femmes et très bizarrement, au départ le livre était plutôt fait pour les femmes, et bien les hommes ont adoré ! pour le deuxième, les réactions commencent à venir, on lui trouve les qualités du premier, mais quelque chose en plus, une sorte de profondeur...

(Avis aux futurs lecteurs du Mur : si vous voulez garder la surprise, merci d’éviter les 2/3 prochaines questions)

-  Indéniablement, le sujet touche peut-être plus de gens ?

- Je ne pense pas, il en touche moins. L’idée d’une clé d’entrée via une maladie grave ou une maladie lourde peut rebuter... Il est clair que je n’aurais pas pu dire ce que je voulais au travers de la bouche d’un mec heureux et en pleine santé, quand la narration se fait grâce au malade, ce n’est qu’à partir du moment où celui-ci va trop loin que le lecteur réagit : ce type a un cancer mais il a tort, ce type a un cancer mais il est un peu trop coquet, ce type a un cancer mais il pousse le bouchon un peu loin. C’est aussi la morale du livre, on peut être faible et malheureux et ne pas avoir toujours raison, mais on reste un être humain. C’est important sinon on devient complètement stupide !

Cela étant dit, si c’est un livre qui peut aider à considérer que cette maladie se guérit à 70% des cas, que c’est une maladie, je n’ose pas dire comme les autres et si ça peut faire marrer deux ou trois cancéreux dans leur chambre d’hôpital, pourquoi pas mais ce n’est pas le but du livre. C’est intéressant de montrer comment un corps physique vit sa maladie en parallèle avec la maladie d’un corps social qui s’illusionne aussi parfois.

Souvent dans ces deux livres il y a une façon de mutualiser pas mal de choses, ce qui m’arrive, ce que je vois à la télé, la pensée dominante, la pensée conne tout simplement, et puis laisser un truc à mes filles et à ma femme, comme un album photos, un truc comme ça...

-  Les victimes sont-elles réellement celles que l’on croit ?

- Les vraies victimes sont assez discrètes dans le livre : le sdf que je manque d’écraser, les sans papiers qu’on voit de temps en temps. Ce que j’ai aimé, c’est prendre une victime désignée (porte parole de victimes), le « victimer » encore plus (cul-de-jatte) et faire en sorte qu’il ne se comporte jamais en victime : espèce de culbuto, résistant à tout, ne s’énervant jamais, ce sont les qualités du trotskiste en AG. Il garde son sang-froid malgré le comportement mesquin du narrateur. Je voulais montrer que, en le traitant de façon égale il a une relation normale avec lui, il n’est pas dans la compassion et plus il lui rappelle son handicap, plus il lui en fout plein la tête plus l’autre est valorisé. L’autre est une sorte de héros malgré son absence de jambes et ils finissent par sympathiser, ils deviennent vraiment très complices.

- D’où scrutez -vous notre petit monde, ça reste dans un milieu bourgeois, parisien, mais les observations sur le reste de la société sont assez justes...

- La télé dit des choses même si elle dit des choses fausses, elle dit des choses, je me ballade et je regarde, il y a l’école, entre parents, les femmes à la sortie ; regarder, voir comment les sdf s’étalent sur le sol, comment ils font leur couche ; regarder mes parents vivre en province, mon père était dans les ressources humaines, il m’a raconté beaucoup de choses. Pour le Mur, j’ai essayé d’écouter la lamentation générale, ce qui filtrait, quelles sont les lamentations que l’on écoute, quelles sont celles qui restent sur le tapis.
Il y a un truc aussi pour voir les autres, c’est Internet, via mon blog je m’aperçois qu’il y a une colère rentrée, il y a une façon de percevoir le réel, ce que les gens racontent sur leurs blogs en dit long sur un certain nombre de frustrations et en même temps il y a beaucoup de conneries, à travers elles on perçoit aussi la société, les fausses révoltes, les faux Che Guevara... En écrivant mon deuxième livre, je me suis aperçu que le blog était un peu mon atelier, des lecteurs attentifs m’ont écrit à l’adresse à la fin du livre et m’ont dit qu’ils trouvaient amusant de retrouver certaines choses du blog, pas les textes mais des allusions.
A l’hôpital c’était directement inspiré du blog : La télé à l’hôpital on la regarde en l’air, elle vous domine alors que chez soi c’est l’inverse. Et Guilhem, l’alter-mondialiste, il est une création faite à partir des remarques que j’ai eu sur mon blog d’alter-mondialistes qui me prennent pour un bourgeois réac abominable, que j’ai trahi la cause sociale démocrate... enfin bon ! J’ai voulu leur rendre hommage à ces mecs-là : ce sont des combattants modernes.

- Le blog, comme les livres démontrent que vous êtes très attentif à l’opinion des autres, très respectueux de l’être humain...

- J’aime bien cette idée qu’une fois que les discours sont tombés, on reste tout nus, on est égaux face à la mort : on a tous une maman, on a tous envie d’avoir des enfants, peut-être qu’une humanité subsiste, mes bouquins, assez humanistes, sont tournés vers une forme d’empathie vis à vis de ce qu’est un être humain.
Il y a tellement d’exigences qui déshumanisent les gens, soit à vouloir être parfaits, soit à considérer qu’ils sont très mauvais par nature.
Si des grosses créatures, supérieures à nous, nous voyaient évoluer sur la Terre, ils diraient : »ils sont parfaits, ils se mangent entre eux ! » c’est une bio-diversité qu’on doit conserver, aujourd’hui le regard sur la bio-diversité des hommes ne s’applique plus aux hommes, il s’applique aux vers de terre et aux papillons. Ils ont raison de s’occuper de la planète mais ils auraient une forme d’indulgence vis à vis d’eux-mêmes au lieu de la remplacer par une sorte de dogmatisme à la con ou d’espèce d’empathie systématique victimaire qui permet de tout égaliser , de leur faire la charité, de tout fossiliser pour que rien ne bouge en fait. Moi, ça m’ennuie profondément et j’ai envie de mettre cette fragilité et cette contradiction dans un héros ou dans des livres, sans pour autant qu’ils soient très compliqués, parce que mes livres sont des livres de gare, ils se lisent en 3 heures dans le TGV !

- En 4ème de couverture on nous parle de trilogie ?

- Au début, quand j’ai fait le premier livre, je n’y pensais pas mais en fait dès que je l’ai eu terminé, j’ai bien aimé ce personnage : c’était un type qui avait de la ressource, il avait des accessoires, il avait des seconds rôles, il avait un alter ego, sa femme, une espèce d’univers un peu baroque constitué de nos mesquineries et de nos arrières pensées, il avait en toile de fond une société un peu modelée par les médias qui se moquent éperdument de la réalité, qui construisent des messages, des parcours dominant sans s’arrêter. C’est dur de se séparer de ce personnage que j’aime bien... En plus, il y a un confort à n’aller ni dans l’essai ni dans le roman qui laisse une licence et une liberté que j’accommode facilement. Demain, je veux construire de vrais personnages, planter un décor plus profond etc

-  Comment choisissez-vous vos livres (ceux que vous lisez) ?

- Quand je choisis un bouquin je me méfie un peu de la littérature moderne parce qu’il y a toujours des classiques que je n’ai pas lu ! Ensuite, je vais lire la 4° de couv, si elle me dit que le livre est drôle, ça m’intéresse, si elle me dit que ça se passe dans un pays que j’aime ça m’intéresse, si le narrateur est une femme, je me sens moins concerné. Si c’est l’histoire d’une femme et que je ne sais pas qui est le narrateur, ça m’est égal mais si le « je » est une femme, j’aurai plus de mal, c’est un peu con et même complètement débile mais vous me demandez... Il y a des auteurs que j’ai épuisé : Moravia, John Fante, Balzac, Maupassant. Je lis beaucoup d’essais historiques, cet été je me suis fait la totale des biographies de Louis XIV, du Régent de Le Notre par Orséna, j’aime bien les biographies, j’ai l’impression de lire utile.
C’est un excellent exercice, quand vous faites vous-même un livre et vous vous demandez ce qui vous détermine à acheter un livre et qu’à ce moment -là le vôtre est en circulation, vous imaginez les déterminants d’achat d’un lecteur dans une librairie et vous vous dites, c’est pas possible, il y a une chance sur 1 million qu’il choisisse mon livre !

JPEG


Crédit photo : www.lemague.com / F. Vignal


Notre Invité en cinq titres

Un Livre : L’Amour Conjugal (Moravia) et Mon Chien Stupide (Fante)

Un Film : Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana)

Un Tableau : Tout Pierre Soulage

Une Chanson : Can’t stop (Red Hot ChiliPeppers)

Un Opéra : La Flûte Enchantée (Mozart)

Répondre à cet article


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP
ReferencementCe site est listé dans la catégorie Actualité et médias : Webzine, e-zine Dictionnaire

Votez pour ce site au Weborama